Petites frayeurs en Côte des Légendes

Les légendes bretonnes ne sont pas en reste en terme d'histoires effrayantes. Ectoplasmes, malédictions et créatures en tout genre bercent les nuits de veillées depuis des siècles, voire des millénaires !

Dans la perspective de vous faire (un peu) peur en visitant quelques endroits de la Côte des Légendes, nous avons demandé à Jessica Marrec et Nelly Scour de nous sélectionner les trois histoires les plus effrayantes du territoire.

Amateurs de frissons, bonne lecture !

 

Le fantôme du prêtre ou la malédiction de la chapelle Pol - Jessica Marrec

 

 

A Brignogan horror show

C’est l’histoire d’un marin qui, par une nuit très sombre, fut surpris par un violent orage.

Il se réfugia alors dans la chapelle Pol qui se trouvait sur son chemin.

Alors qu’il commençait à s’endormir, il entendit sonner les 12 coups de minuit !

Soudain, deux cierges s’allumèrent et un prêtre apparut. Terrifié, notre marin se recroquevilla dans son coin, osant à peine respirer. Le prêtre attaqua alors la messe : « Introibo at altere dei ». Pas de réponse. Il recommença : « Introibo at altere dei » ; toujours rien. Encore une fois : « Introibo at altere dei », aucun bruit ne résonna dans la petite chapelle côtière. Les cierges s’éteignirent et le prêtre disparut.

Le marin hésita à raconter sa mésaventure de peur qu’on se moqua de lui. Il décida tout de même de se confier au curé de Plounéour-Trez qui lui conseilla de retourner une nuit à la chapelle. Dans cette perspective, le curé l’initia à la messe.

L’année suivante, à la même date que la première fois, le marin retourna à la chapelle. A minuit, les cierges s’allumèrent de nouveau, le prêtre apparut et commença « Introïbo… ». Courageusement, le marin alla se placer à ses côtés et répondit « Ad deum qui laetificat juventutem mean ». La cérémonie terminée, le prêtre le remercia : c’était une âme du purgatoire, obligée de revenir dire la messe dans la petite chapelle à chaque anniversaire de sa mort. Par ses réponses, le marin lui permit d’achever sa pénitence.

En voilà une histoire à vous glacer le sang, non ? Vous ne nous croyez pas ? Vous n’avez qu’à vous rendre à minuit à la chapelle Pol… cap ?

 

L’œil gobé de Clervie ou l’histoire de l’oie massacreuse - Jessica Marrec

 

 

A Saint-Frégant horror show

Il était une fois Clervie, petite sœur de Guénolé, qui s’amusait autour du manoir paternel. Et là soudain, une jeune oie sauvage se jeta sur elle, lui arracha l’œil et gloups… l’avala. Un ange apparu alors à son grand frère, lui ordonnant de rentrer chez sa famille, d’ouvrir le ventre de l’oie, d’en retirer l’œil et de le remettre à sa place sur le visage de la jeune fille. Ni une, ni deux, il s’exécuta et grâce à une bénédiction plus qu’efficace, Clervie retrouva la vue et l’oie la vie. Guénolé, quant à lui, devint non seulement un saint mais aussi le patron des oculistes ! Vous allez nous dire, tout est bien qui finit bien, mais nous sommes certains que vous ne regarderez plus les oies de la même façon...

 

A noter : Comme les Saint-Fréganais ne sont pas rancuniers et qu’ils ne manquent pas d’humour, ils ont fait de cette oie féroce et gloutonne leur symbole. En plus de la retrouver sculptées dans la pierre sur la fontaine Saint-Guénolé proche du bourg, vous pouvez l’apercevoir sur la porte de l’église paroissiale et sur le blason de la commune.

 

La danse et les neuf filles - Nelly Scour

 

Les neuf filles et la danse transformées en pierre - photo du barrachou © TCDL - E.Stricot

 

Les anciens nous racontent souvent combien les chants, les danses et les amusements étaient mal perçus par l’Eglise, alors ils dansaient en secret tout en respectant les croix et surtout la mort !

Revenant d’une noce à Plounéour, les filles de Brignogan en ont un jour fait les frais !

Elles étaient jeunes et portaient ce jour-là leurs plus beaux habits de fête. Heureuses d’avoir croisé les garçons, et à présent hors de la vue des parents, elles criaient, chantaient et chahutaient. Leurs histoires de filles leurs faisaient presque oublier les croix des chemins et seul un signe rapide interrompait leur discussion lors de leur passage devant les calvaires. Chacune y allait de sa rencontre de la journée. Seule Chanig ne disait rien et le ruban bleu qu’elle portait au poignet intriguait quelques peu ses amies.

Ce ruban venait de Gweltaz et Chanig revivait à haute voix cet instant. Elle aurait tant aimé qu’il demanda sa main ! Soulagée d’avoir dévoilé ses sentiments, Chanig ne tenait plus en place et considérant qu’il était encore tôt, invita ses amies à former une ronde pour danser encore, ce qu’elles firent toutes sans attendre. Elles ne virent même pas le curé et ses deux enfants de chœur qui s’approchaient. Tous trois se rendaient au chevet d’un mourant, équipés d’une croix, d’une clochette et d’une lanterne.

Le curé annonça son passage afin que les filles s’agenouillent en silence, mais rien n’y faisait, elles ne le soupçonnaient même pas.

Exaspéré, le curé passa son chemin, tandis que le corps des filles se figeait et leurs voix s’estompaient dans le lointain.

Le lendemain, à l’endroit de leur ronde, on ne trouva plus que neuf pierres de granit.

Depuis les fleurs de printemps forment des couronnes et on raconte à Brignogan, que, lors des nuits les plus longues de l’année, les neuf filles y dansent encore…